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3 nouvelles ceintures noires

par Alban publié le 14.08.25

Et bam ! Le trio de choc du Shoshin Dojo décroche la ceinture noire ! Quand même, ces trois-là… Ésaïe, qui traîne ses pieds sur le tatami depuis ses 4 ans, Tom (alias Tommy) et Luthan (alias Vitamine), arrivés un peu plus tard avec leurs têtes d’ados, hésitants mais curieux. Aujourd’hui, tous les trois sont ceintures noires. Ils ont grandi dans le dojo. Entre rigolades, débats sans fin — et souvent sans queue ni tête —, mais aussi avec sérieux, application et une curiosité grandissante pour l'aikido. Alors oui, la ceinture noire n’est pas une fin en soi. Mais en tant que prof, voir « ses » gamins franchir cette étape avec autant d’investissement et de maturité, ça touche. Alors on s’est posé. On a pris le temps de discuter ensemble : de leurs débuts parfois flous, de leurs progrès, de leurs doutes, de leurs partenaires de route… et de ce que cette année de préparation a changé pour eux. Ce n’est pas une interview à proprement parler, mais un échange vivant, drôle et sincère, entre quatre personnes liées par un art martial… et quelques années de tatamis partagés à Besançon.

Shoshin Dojo aikido à Besançon trois nouvelles ceintures noires interview


Bonjour les gars ! Avant toute chose, félicitations pour votre shodan. Tous les profs du Shoshin Dojo sont fiers de votre réussite. L’objectif de cette interview, c’est de revenir un peu sur cette année intense d'aikido. Et puis de savoir comment, du haut de vos jeunes années, vous avez vécu ça. Alors, pour commencer, l'un d'entre vous pourrait-il nous livrer ses impressions sur cette année particulière ?

Tommy : Je vais commencer… Elle a débuté d’une manière fort traîtresse. C’est-à-dire qu’à la base, on avait été convoqués pour aider trois préparations 3ème dan en tant que uke. Et une fois que ces trois préparations sont finies, on nous dit que c’est à notre tour. On nous annonce à la fin de cet exercice qu’on est candidats au premier dan à la fin de l’année. On n’était pas préparés, c’était choquant.

Choquant ? Je ne me souviens plus qu’on vous avait tendu ce traquenard.

Ésaïe : Moi, j’avais oublié mais il me l’a rappelé.
Tommy : Si, c’était un traquenard. Clairement.

Vous avez ressenti ça comme ça, comme une espèce de piège ?

Ésaïe : Après, moi, j’étais déjà au courant que Tommy et Vitamine allaient passer la ceinture noire dans pas longtemps.
Tommy : Il y avait un mystère, un flou qui planait, on savait, on n’était pas sûrs. De toute façon, on ne dit jamais rien dans ce dojo. (rires)

Et du coup, alors, après, comment ça s’est déroulé dans l’année ? Ça vous a déstabilisés quand on vous a dit : « on y va » ? Comment vous avez pris cette annonce-là ? Au-delà de la surprise, après coup ?

Vitamine : Moi, personnellement, je dirais que de toute manière, on s’y attendait un petit peu, au moins avec Tommy, parce que c’était notre objectif final. Et quand on l’a entendu, en soi, moi j’étais très content mais aussi un petit peu… Comment dire… J’avais peur de ne pas être prêt, de ne pas être prêt à temps, de ne pas savoir ce qu’il fallait que je fasse. J’avais vraiment une certaine appréhension et l’impression qu’Ésaïe et Tommy n’en avaient pas… En tout cas, moins que moi. Ça me mettait vraiment la pression à chaque fois que je me disais qu’il fallait vraiment que j’arrive à m’améliorer.

Et les autres, vous n’avez pas senti cette pression-là ?

Tommy : Pas avant la fin.

Pas avant la fin ?

Tommy : Les derniers jours avant l’examen. J’avais limite besoin de venir à l’aikido pour me prouver que je savais encore faire quelque chose.
Ésaïe : Moi, je n’ai pas eu du tout d’appréhension.

Shoshin Dojo aikido à Besançon trois nouvelles ceintures noires interview

OK… Et sur la forme de préparation, sur l’intensité de l’année, vous avez trouvé ça trop intense ? Bien réparti ? Est-ce que les préparations, les retours vidéo, le retour des profs… est-ce que les outils et la méthode vous ont semblé adaptés ?

Vitamine : Moi, je dirais oui, carrément. C’est une aide qui nous a clairement poussés à nous développer, à nous rendre compte de ce qu’on faisait. Et puis au niveau du rythme, en tout cas moi, je pense que c’était pile assez, pile ce qu’il fallait, ne serait-ce que pour me donner la confiance nécessaire et vraiment réussir à arriver là où je voulais en arriver avant l’examen final. Donc je pense que c’étaient de super outils. On a eu la chance d’avoir le retour quand même de tous les profs, d’Hélène Doué aussi, qui nous a vraiment bien conseillés. Donc on a eu cette chance-là, cet appui-là. Et puis, de toute façon, elle nous a donné sa sérénité. (rires)

Et les autres ?

Ésaïe : Comme il l’a dit, c’était bien qu’on ait les retours d’Hélène Doué. On a bien été accompagnés toute l’année, que ce soit pendant les séances de préparation ou pendant les cours. Surtout avec le créneau de pratique libre du jeudi. On a toujours eu un ou plusieurs profs à nos côtés pour nous aider et on a pu voir et revoir toutes les techniques.

Et l’outil vidéo, du coup ? Parce que ce n’est pas utilisé dans tous les dojos.

Tommy : Sévère et froid. Ça permet vraiment de se voir soi-même et de se rendre compte de là où ça pêche. On se juge nous-mêmes, on est durs avec nous-mêmes. Ça peut être dur parfois… démoralisant.

Oui, c’est assez impartial, la vidéo. C’est vrai qu’on voit tous nos tics, tout ce qui ne va pas. On voit aussi ce qui va. Mais c’est vrai que c’est un super outil. Ça vous a choqués les premiers coups ? Ça vous a plutôt déstabilisés, plutôt mis en confiance ?

Tommy : Pour la première vidéo, le premier entraînement, on va dire, on n’était pas vraiment prévenus. Donc, ce que ça a rendu sur la vidéo, c’était assez catastrophique. Enfin, ça allait, mais c’était quand même vraiment en deçà de ce qu’on a pu produire par la suite avec un entraînement et un travail de restructuration. Mais voilà.

Après, la première séance qu’on fait à la Toussaint pour les préparations de grades, c’est vraiment une séance pour faire un point, savoir où on en est et décider si on peut se lancer dans une préparation, si le gap est trop important ou pas d’ici l’échéance. Et s’il n’est pas trop important, alors savoir quels sont les axes prioritaires sur lesquels travailler. Donc c’est tout à fait normal que les candidats en ressortent un peu démoralisés parce que justement on voit tout ce qu’il y a à faire, tout ce qu’il y a à combler dans l’année. Donc c’est quelque chose de totalement logique et presque même d’attendu. Donc ça, c’est normal… Qu’est-ce qui vous a semblé le plus dur techniquement ? Qu’est-ce qui a été le plus dur à travailler cette année dans votre aikido ?

Vitamine : Moi, je dirais tout simplement la nomenclature. J’ai pas mal de difficultés avec la nomenclature, et ne serait-ce que ça, ça me pose des difficultés qui nuisent à la fluidité de mes mouvements. Ça me crée aussi des barrières mentales assez bêtes où je me bloque tout seul, en fait. Donc la nomenclature, ouais.

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 Oui, on a senti effectivement chez toi qu’à un moment donné dans l’année, tu faisais un blocage sur la nomenclature. C’était pas facile. Tommy ?

Tommy : Les postures et les formes de corps. Certaines postures que je prenais et d’autres que je ne prenais pas, à l’inverse. Un travail a dû être fait là-dessus pour garder les bonnes, enlever les mauvaises et avoir un aikido plus propre, entre guillemets.
Ésaïe : Moi, c’était surtout d’essayer d’être plus fléchi sur mes appuis parce que je ne descends pas beaucoup. Donc j’ai essayé de faire ça tout le long de l’année. Et aussi, j’avais des petits points de nomenclature qui me manquaient. J’avais déjà essayé de travailler ça les années précédentes parce que je savais que j’avais un grand souci avec ça. Et du coup, j’ai essayé de travailler de plus en plus pour bien apprendre et retenir.

Oui, c’est vrai que toi, tu venais des cours enfants et ados et tu n’avais pas approfondi la nomenclature parce qu’on n’insiste pas trop dessus avec les jeunes. Tu as presque dû tout remémoriser en quelques mois pour cette année. Ça, c’est vrai. Et le travail des armes ?

Vitamine : C’est dur, le travail des armes !
Tommy : Moi, je trouve qu’on a bien fait de travailler les armes dès le début. Personnellement, c’est ce qui m’a vraiment permis de me structurer et ça a participé à améliorer mes postures de corps. C’est ce que Marie m’avait dit au tout début : « Faites vos listes d’armes, bossez les armes, ça vous donnera tout ce qui va venir par la suite. » Beaucoup d’intention, vraiment s’ancrer sur ses appuis. Ça vient des armes. Pour moi, je pense que ça y a beaucoup contribué.
Vitamine : Je suis assez d’accord avec ce qu’il a dit. La relation entre le travail des armes et l’aikido à mains nues est assez évidente, et on sent que le travail des armes permet de progresser. Après, je dirais qu’on n’est pas non plus excellents, en tout cas le , pour moi…
Ésaïe : Pour moi, ce n’était pas le plus gros travail parce que j’avais déjà pas mal d’années de pratique. Du coup, je crois que j’avais déjà de bonnes bases… surtout au tantō. Il fallait que je retravaille un peu mes formes et le nombre de techniques, mais j’arrivais déjà à en ressortir quelques-unes. Du coup, ce n’était pas mon plus gros travail.

Alors, ça a été quoi pour toi le plus gros travail au final, en dehors de la nomenclature ?

Ésaïe : La pratique à genoux.

En suwari waza ou en hanmi handachi waza ?

Ésaïe : En hanmi handachi waza.

C’était la question que j’allais avoir après, sur le hanmi handachi waza. On en a fait pas mal cette année. Et du coup ?

Tommy : Ça allait, en quantité suffisante. Et le hakama rend vraiment la chose plus agréable. (rires)
Vitamine : Je pense qu’on a eu une belle progression en suwari et en hanmi handachi cette année, mais honnêtement, je pense ne pas être hyper bon. C’est vachement mieux qu’en début d’année, c’est vrai que le hakama y est pour quelque chose, mais on a encore une belle marge de progression.

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Et du coup, qu’est-ce que vous avez senti, en dehors du fait de passer le premier dan et de l’obtenir ? Qu’est-ce que vous retirez de cette année de prépa ? Qu’est-ce qui a évolué dans votre aikido, qui n’était pas là au début de l’année et que vous sentez présent là maintenant ?

Vitamine : Moi, je dirais tout simplement une envie de continuer. Jusque-là, non pas que je n’avais pas envie de continuer, mais j’ai une envie d’approfondir les choses. C’est un petit peu comme un palier où on est arrivé au début de notre… C’est un petit peu notre checkpoint, où on arrive et on se dit qu’à partir de maintenant, on va pouvoir vraiment travailler. On a les bases et on va pouvoir s’améliorer, pouvoir travailler sur nos bases et consolider le tout. Je pense que c’est un petit peu le début, au final.
Tommy : Je suis plutôt d’accord avec Vitamine. Moi, c’est quelque chose qui est venu, je pense, beaucoup avec le stage de Christian Tissier et Yoko Okamoto, où on a pratiqué assez intensément avec des gens très bons. On s’est rendu compte de ce à quoi on pouvait arriver ou espérer arriver. Ça m’a vraiment donné une envie de vouloir faire les choses bien, le mieux possible, pour essayer justement d’arriver à un niveau comme ça ou d’espérer m’en approcher.

Je profite de cette digression pour revenir un peu sur le stage avec Christian Tissier et Yoko Okamoto sensei. On y a participé avec une petite troupe du Shoshin. Est-ce que ça a été une source de motivation pour la suite de l’année ? Une inspiration ?

Vitamine : Ah oui, carrément ! C’était un énorme boost de motivation de voir des pratiquants d’un tel niveau. Je crois que c’est le stage qui m’a le plus marqué jusqu’à maintenant. Le rythme était tout autre, très intense. Et même si ce qu’on y a vu est encore difficile à appliquer parce qu’on n’a pas encore le niveau, ça reste une source d’inspiration immense. Franchement, je pense que je parle pour nous trois : ce stage nous a portés tout au long de l’année, et il va continuer à le faire.
Tommy : Oui, c’était très stimulant, surtout sur le plan technique. On a vraiment pris une claque… dans le bon sens du terme.

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Et le jour de l’examen, alors ? Tommy, tu parlais d’un stress qui montait quelques jours avant. Ésaïe, toi, tu avais l’air complètement zen. Mais comment vous avez vécu cette journée-là ? Dans la voiture, le matin, vous étiez quand même beaucoup moins bavards que d’habitude…

Tommy : Et on était à l’heure ! (rires) Plus sérieusement, le stress est monté dans la dernière semaine. On n’était plus vraiment en mode révisions intenses, donc le doute commençait à s’installer vers J-5. J’avais besoin de revenir au dojo pour me rassurer, pour me prouver que je savais encore faire les choses. Le jour J, juste avant de monter sur le tatami, j’étais un peu stressé… Mais une fois dessus, ça allait.
Ésaïe : Moi, pas vraiment de stress, non. C’était plutôt de la concentration. Dans la voiture, comme tu l’as dit, on parlait moins, mais j’étais surtout en train de me remémorer ce qu’on avait vu et travaillé pendant l’année. Et puis un peu d’excitation aussi, de voir comment ça allait se passer.
Vitamine : Pareil, un peu de stress, mais surtout beaucoup de concentration. Ce jour-là, on n’avait pas le droit à l’erreur. Mais une fois en seiza sur le tatami, j’étais bien. Content aussi de ne pas passer en premier, je dois l’avouer ! (rires) Mais j’étais confiant, je savais ce que j’avais à faire. J’avais les techniques en tête, donc pas vraiment de peur.

Et sur l’interrogation elle-même ? Vous vous souvenez de vos sensations ?

Tommy : Ce qui m’a surpris, c’est que c’était plus simple et plus court que ce à quoi on s’attendait. Les attaques n’étaient pas très compliquées, les armes, on les avait à la carte… On était bien préparés, en fait. Et on s’attendait à plus dur.
Ésaïe : On peut dire qu’on s’était même trop préparés ! Ce qu’on avait bossé dépassait largement le niveau de l’examen.

Qui peut le plus, peut le moins.

Vitamine : C’est aussi ce qui nous a mis en confiance. Grâce à cette préparation rigoureuse, on était à l’aise.
Ésaïe : Oui. Dès les premières techniques annoncées, on les connaissait. Ça nous a rassurés et donné un bon élan pour le reste.

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C’est justement le but de cette préparation : vous confronter à la difficulté, vous pousser un peu dans le rouge, pour qu’ensuite, le jour de l’examen, il n’y ait plus de surprise. L’objectif, c’est que vous arriviez sereins, prêts à donner le meilleur de vous-mêmes. Donc si l’examen vous a semblé plus facile, tant mieux !

Tommy : J’ai l’impression que cette préparation nous a permis d’aller au-delà des attentes du premier dan. On a pu commencer à explorer des choses plus fines : moins être dans l’attente, initier davantage, faire bouger le partenaire… Même si on n’en est qu’au début, on a pu en goûter un peu. Et ça a rendu l’aikido plus vivant, plus amusant. Moins figé dans la forme.
Ésaïe : Je suis complètement d’accord.

Et le fait d’être interrogé avec des partenaires que vous ne connaissiez pas ? Bon, Vitamine a eu la chance d’être avec vous deux, mais pour vous, ça a changé quelque chose ?

Ésaïe : On savait qu’on ne pourrait choisir que le premier uke. Après, c’est le jury qui décide. Donc on s’y attendait. Et puis ça fait partie de l’aikido aussi : savoir s’adapter à l’autre.
Tommy : C’est peut-être là qu’on a eu une petite faiblesse. On s’était surtout entraînés entre nous ou avec des ukes plus gradés. Du coup, on n’était pas habitués à la manière de faire de nos partenaires à l’examen : leur façon de saisir, de bouger, de se positionner… Ça peut être un peu déroutant, mais il faut s’adapter, c’est ça aussi la pratique.

Et prendre l’ukemi pour un partenaire inconnu, ça vous a posé problème ?

Ésaïe : C’était intéressant. Certains avaient un aikido… différent… qu’on n’avait pas du tout l’habitude de voir.

Pourtant, on est dans la même fédération. Qu’est-ce que tu veux dire par « un aikido différent » ?

Ésaïe : Pas la même manière de bouger, pas les mêmes techniques, pas les mêmes finitions. Les clés, la façon d’amener les techniques, c’était différent. Mais c’était enrichissant de voir cette diversité.
Tommy : Oui, enrichissant, c’est le mot.
Vitamine : C’est vrai, chaque personne change la pratique selon le feeling qu’on a avec elle. Les rythmes, les appuis, les réactions… tout est différent. L’ukemi, ça demande aussi une attention particulière : il faut suivre le partenaire sans interférer avec ce qu’il essaie de produire. Je trouve que c’est plus facile que d’être tori, mais ça reste un exercice de concentration.

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Oui, c’est sûr. C’est vrai qu’il y a des aikido un peu différents. Après, ce sont des gens qu’on n’a pas croisés au stage de ligue. Est-ce que vous pensez que ça manque de préparation entre les dojos ? Est-ce que c’est quelque chose qui manque dans la préparation ? Pour justement vraiment connaître les autres candidats et avoir déjà une habitude de pratique avec eux ?

Vitamine : Je pense. En tout cas, pour nous, ce n’était pas non plus quelque chose de nécessaire et de vital. Mais ça aurait été un plus vraiment agréable de pouvoir travailler en amont avec les autres candidats. Pouvoir se rencontrer, voir leur aikido. Ça aurait été bien.
Tommy : Moi, je pense que du fait qu’on était trois, on se préparait ensemble, il y avait déjà moins cette nécessité de voir les autres. Je ne dirais pas qu’il y ait forcément une nécessité d’avoir pratiqué avec les autres candidats avant, même si ce serait toujours bien de les croiser en stage, de faire avec eux deux ou trois fois, histoire de savoir à quoi s’attendre. Mais c’est vrai que c’est assez étonnant de voir des formes aussi différentes.

Développe…

Tommy : On devrait se mettre plus ou moins d’accord sur les formes de la fédé, mais ça, c’est relativement bien fait. Et sur… Les gens devraient avoir le niveau pour être au shodan, quoi. Ils devraient se présenter en ayant le niveau. Qu’il y ait une sélection… Enfin… qu’il y ait une… une porte d’entrée, on va dire, qui soit un peu plus dure à passer que…

OK. C’est-à-dire que certains candidats n’étaient pas prêts techniquement ou physiquement ?

Tommy : Bah, la plupart, si, étaient prêts, mais… Parce qu’après, ça reste un premier dan, donc on n’est plus sur la connaissance formelle des techniques. Et ça, la plupart des gens étaient au point.

Tu dis que les dan seraient donnés trop facilement ?

Tommy : Non. Qu’on donne trop facilement l’occasion de se présenter à un passage de dan.

Oui, mais ça, la fédération n’a pas vraiment de contrôle là-dessus. C’est de la responsabilité des enseignants de présenter ou non des candidats aux examens. Finalement, la fédération impose la participation à un nombre défini de stages de ligue pour garantir que les DFR et les techniciens des CTR aient vu les candidats régulièrement dans l’année. Mais après, c’est bien la responsabilité des profs d’envoyer ou non leurs élèves se présenter aux examens.

Tommy : Oui, oui, je comprends bien.

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Et en termes de préparation physique, vous êtes jeunes, vous êtes en pleine possession de vos moyens. Vous avez ressenti ça comment, l’année et l’examen en lui-même ? Est-ce que vous pensez qu’il y a besoin d’une préparation physique spécifique ? Est-ce que vous avez mis en place des choses en dehors du dojo ou est-ce que le keiko suffit ?

Tommy : Ça dépend de comment on pratique au dojo.
Vitamine : Je dirais que nous, on était déjà bien en forme. Ésaïe fait du basket en plus. Mais nous, même avec Tommy, on a cette chance que sans faire quoi que ce soit à côté, on est plutôt en bonne forme. Je pense quand même qu’il faut faire attention, surtout au niveau du cardio. Le fait d’avoir eu la chance d’aider à la préparation des sandan de l’année dernière, qui était éprouvante physiquement, ça nous a bien aidés. Puis surtout, les préparations qu’on a faites dans l’année nous ont montré quand on était dans le rouge, quel rythme avoir. On ne se lance pas non plus comme ça à tout donner d’un coup. On serait forcément en difficulté niveau cardio. Je pense que c’est quand même un travail à la longue où on s’étudie soi-même. Et voir ce qu’on peut faire, connaître ses limites pour se préserver quand même.

Après, c’est vrai que vous êtes jeunes, entre 16 et 18 ans. En plus, votre capital physique de base vous permettait d’arriver plutôt bien armés… Pour des candidats plus âgés, ça nécessite quand même une préparation physique en dehors du dojo, en plus d’avoir une certaine hygiène de vie, rythme de vie, sommeil, alimentation…

Vitamine : N’empêche qu’une fois qu’on a fait uke plusieurs fois et qu’on passe tori, c’est quand même assez éprouvant physiquement. C’est quand même pas si simple.

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Oui, surtout que c’est une épreuve en juin, il peut faire très chaud. Donc il faut être quand même un minimum préparé. Bon, Ésaïe, c’est vrai qu’il fait beaucoup de basket à côté.

Vitamine : Il a une marge cardio-pulmonaire qui est quand même…

Quand même élevée, oui. Pour changer de sujet. Toute l’année, on vous a embêtés sur la nomenclature, on vous a parlé de François Pichereau et de sa chaîne YouTube. Au final, est-ce que vous y avez été beaucoup ou pas ?

Ésaïe : Non.
Vitamine : Moi, j’y ai fait un tour pour me rassurer, juste avant l’examen. En vrai, si, quand même, on l’a fait quand vraiment on avait des trous sur certaines techniques, quand même. On a été vérifier…
Tommy : Quelques fois, mais…
Vitamine : Oui, pas tout le temps, mais oui.
Ésaïe : Si on avait un trou, on allait d’abord voir nos profs, mais si on était tout seuls, bah oui, normal. Surtout que c’est complet.
Vitamine : Pas plus que ça, au final. J’aurais dû m’en servir plus, je pense… Ça m’aurait aidée pour la nomenclature, mais je ne l’ai pas fait. Et au final, ça s’est déverrouillé sans. C’est quand même rassurant de savoir qu’on peut aller voir sur YouTube quelqu’un qui fait la technique correctement et qu’on peut regarder comme ça quand on a un trou. Je trouve ça quand même sympa que ce soit là, que ça existe.

Ça n’a pas été un outil qui vous a servi régulièrement donc. Ni dans votre préparation un petit peu à la maison. Moi, je sais que perso, pour ma prépa au troisième, j’y allais très régulièrement. Est-ce que vous avez fait du travail en dehors des tapis ? Du shadow training ou de la visualisation mentale par exemple ?

Ésaïe : Absolument pas. Enfin si, on avait nos listes de jyu waza à faire. Pour ma part, je les ai commencées mais pas totalement finies. Mais comme Tommy le dit en chuchotant, je ne les ai pas apprises. (rires)
Tommy : Au lycée, je faisais mes listes de jyu waza quand je m’ennuyais. Et du coup, j’essayais de visualiser un peu ce qui allait bien. Mais c’est à peu près tout.

Il ne faut pas dire à tout le monde, ça va dégoûter des gens, ça. Et toi ?

Vitamine : Non, moi non plus je n’ai pas fait grand-chose en dehors du dojo. Mais bon, on était présents à 3 ou 4 cours par semaine… sans compter les cours avec les enfants et les ados. Alors c’était déjà pas mal.

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C’est vrai aussi. Pour changer de sujet, est-ce que le fait d’avoir plusieurs profs au Shoshin Dojo vous a perturbés dans votre préparation ? Parce que des fois, on a des formes qui ne sont pas tout à fait les mêmes. Parce qu’on n’explique pas les choses de la même manière ? Parce qu’on n’aborde pas forcément le travail aux armes, par exemple, de la même manière. Vous avez réussi à vous y retrouver ?

Ésaïe : Alors, alors… Attention ! (rires)
Vitamine : Romu avec un bokken, fais attention ! (rires)
Tommy : Il est juste derrière. (rires)
Vitamine : Non, je dirais que de toute façon, on a suivi ta forme de pratique en soi, puisque tu es le prof qu’on voit le plus souvent, tout simplement. Et qu’on a fait le tri par nous-mêmes sur les choses sur lesquelles on était les plus à l’aise. C’est-à-dire que moi, j’aime bien la forme de Romu sur plein de choses. J’aime bien ce qu’il fait, mais je ne sais pas la faire, en fait. Je ne sais pas la faire, et vu qu’on ne l’a vu que les samedis, c’est moins ancré que ta pratique à toi qu’on voit beaucoup plus souvent et dont on se sert de base. C’est plus facile de se concentrer sur une seule pratique que sur plein, sinon on s’y perd. Et puis de toute manière, je ne pense pas que c’était un problème d’avoir plusieurs profs. Non.
Ésaïe : Parce qu’ils sont tous bons. Ça nous a même aidés du coup, parce qu’on a l’habitude de voir plusieurs formes de pratiques. Ce qui a pu peut-être nous aider pendant qu’on faisait uke avec d’autres personnes pendant notre passage. Ça a même été un avantage.
Tommy : Après, ce ne sont pas des formes qui divergent tant que ça. Comme tu l’as dit, c’est surtout des manières parfois différentes d’aborder les choses ou de les expliquer. Mais c’est tout en fait. C’était intéressant de travailler avec Bénédicte. Parce qu’avec elle, ça change vraiment.

Bénédicte qui est une élève candidate au troisième dan cette année et qui l’a eu, d’ailleurs. Oui, parce que Bénédicte a une autre pratique. Elle a notamment travaillé à l’étranger, dans d’autres groupes, dans d’autres écoles d’aikido. Donc du coup, elle a quelque chose qui est différent dans son aikido. Elle a des formes qui ne nous ressemblent pas forcément. Qu’on n’a pas essayé de changer, d’ailleurs, pour son troisième dan. Ce n’est pas ce qu’on lui a demandé. Ça aurait été hors de propos. Mais oui, c’était intéressant, je pense, pour vous de travailler avec elle.
Vitamine : Au début, c’est vachement perturbant. C’est vraiment bizarre sur certaines techniques. On se dit : « Ah, ça ne se passe pas comme je l’avais prévu. » Tout ne se passe pas comme je l’avais planifié.

Ésaïe : Du coup, ça nous a aidés pendant le passage.

Forcément… Et donc, les différences entre les profs ne vous ont pas déstabilisés au final… Elles ne sont pas fondamentales. C’est juste qu’on fait chacun avec notre gabarit, notre poids. On adapte aussi.

Vitamine : Vous avez aussi des savoirs qui sont différents. Mais je trouve que ça ne changeait pas assez pour que ce soit vraiment perturbant pour nous. Et c’était même plutôt un avantage de pouvoir compter sur plusieurs profs pour nous corriger, pour avoir un autre point de vue. C’est un plus.

Shoshin Dojo Besançon aikido Hélène Doué

Et le regard d’Hélène Doué ? On peut revenir dessus ?

Vitamine : Notre grande prêtresse ! (rires de tout le monde)

Sérieusement. Le fait qu’elle vienne à Besançon deux fois par an, qu’on aille la voir aussi en stage quand on le peut, qu’elle vous fasse des retours sur vos captations vidéo, comment c’était ? Comment ressentez-vous son apport pédagogique pour le Shoshin Dojo et plus spécifiquement pour votre préparation personnelle ?

Ésaïe : Elle a été d’une très grande aide parce qu’elle voyait des trucs que nos profs ne voyaient pas forcément.

Parce qu’on est mauvais ! (rires)

Ésaïe : Non, mais parce qu’elle a un peu plus de niveau quand même et plus d’expérience de prof.
Vitamine : Juste un petit peu.

Moi, je trouve que vous exagérez. C’est à la marge, je trouve. (rires)

Ésaïe : Elle est habituée à voir ce qu’il faut vraiment travailler, ce qui manque. Elle a été vraiment d’une très grande aide. Elle nous conseillait. Pendant les stages à Besançon, elle avait prévu un programme qui nous concernait. Elle faisait vraiment les formes, les techniques qu’il nous fallait, que ce soit pour nous qui préparions le premier dan ou bien pour ceux qui préparaient le troisième. Elle a fait attention à tout le monde. Du coup, on peut vraiment la remercier parce qu’elle a été d’une très grande aide.
Vitamine : C’est quand même un grand honneur.
Tommy : C’est ce que j’allais dire…
Vitamine : Je sais très bien, c’est pour ça que je te le vole. (rires) C’est quand même un grand honneur de pouvoir compter sur les enseignements d’Hélène. Et sur sa sérénité. (rires)
Tommy : Sa sérénité, très important. (rires)
Vitamine : Dans notre pratique, et puis dans celle du dojo en général, je pense, quand même.
Ésaïe : Oui, ça a aidé tout le monde.
Vitamine : Tout le monde aime Hélène, de toute façon. (rires)
Vitamine : Non, mais je pense qu’elle a été à la fois exigeante et en même temps rassurante… Ses retours étaient justes. Je pense qu’elle a très bien vu ce dont on était capables, ce qui nous faisait défaut à tous, et qui est assez différent, plus spécifique à chacun.
Ésaïe : On peut s’estimer chanceux, parce que tous n’ont pas eu la chance d’avoir ses conseils.

Shoshin Dojo aikido à Besançon trois nouvelles ceintures noires interview

Oui, c’est sûr. Pour commencer à conclure… Du coup, Tommy, Vitamine, vous nous quittez, puisque vous partez faire vos études loin de Besançon. Nous, on espère que vous allez continuer l’aikido. Ésaïe reste parmi nous. On espère qu’il va continuer aussi. Mais du coup, qu’est-ce que vous retirez de ces années au Shoshin Dojo ?

Tommy : Ça a été trois années, on va dire, très riches. L’aikido a quand même occupé une bonne partie de notre temps. On était constamment là. Ça nous a personnellement rapprochés, Vitamine et moi.
Vitamine : C’est pareil pour moi. Aide-moi un peu. Ouh là, c’est pas facile.
Tommy : Je cherche mes mots… À titre personnel, je me retrouve… J’ai connu pas que ça… enfin, presque que ça… mais je m’associe vraiment à la forme de pratique du Shoshin Dojo. C’est vraiment une forme que j’apprécie, dans laquelle je me vois continuer.
Vitamine : J’ai limite envie de dire, tu sais, quand on met notre hakama, on fait le nœud papillon : on est signés Shoshin à vie ! (rires) Non, je pense que l’aikido a quand même été pour moi un moyen de revenir au sport, et particulièrement aux arts martiaux, avec lesquels j’avais un passé un petit peu difficile. Et ces trois années ont… En fait, je n’ai jamais été autant investi dans quelque chose. C’est-à-dire qu’à la base, on venait limite un petit peu pour la blague, en fait !
Tommy : Non, moi, j’étais sérieux. (rires)
Vitamine : Oui, allez, à d’autres, hein. (rires) Au départ, on ne venait pas trop sérieusement. Mais en évoluant, en progressant, c’est devenu hyper agréable, en fait. Et assez vite, même si on ne comprenait pas tout, on s’est dit qu’il y aurait moyen d’avoir une ceinture noire…
Tommy : Mais à la base, c’était une blague.
Vitamine : Oui, à la base, c’était une blague.

Mais ça a été quand même assez vite un objectif.

Tommy : Moi, j’ai le souvenir… Un des premiers cours du samedi où on était venus, on nous avait distribué le guide du débutant en aikido. Et à la fin, il y a toutes les ceintures avec le temps qu’il faut pour les avoir. Il y avait écrit « ceinture noire : 9 mois ».

Neuf mois ?

Tommy : Il y avait écrit neuf mois. Mais neuf mois après l’obtention du 1er kyu !

Ah oui !

Tommy : Moi, du coup, la première fois que j’ai vu ça, j’ai lu : « neuf mois ». En neuf mois, on peut l’avoir. Allez, on y va, on essaie !

Shoshin Dojo aikido à Besançon trois nouvelles ceintures noires interview

Donc c’est cette erreur de lecture qui t’a conduit à continuer ?

Tommy : Au final non, parce que j’ai compris mon erreur peu après… Mais le calcul s’est relativement vite fait quand même. C’est-à-dire qu’à la fin de notre première année, on était ceinture orange ; au milieu de la deuxième, on était ceinture verte. Et là, on s’est dit que si on est ceinture bleue à la fin de cette année, ça pouvait se tenter, ça pouvait être réalisable. Ceinture bleue qui a été un enfer à passer, d’ailleurs.

Ah bon ?

Tommy : Tu ne t’en souviens pas ?

Non.

Vitamine : Le coup de pression qu’on s’est pris !
Tommy : « Vous ne l’aurez jamais. Vous êtes mauvais. » (rires)
Vitamine : Je m’en souviens très bien, de ça. (rires)

Ah, oui, oui, oui. On vous a dit qu’il fallait un petit peu de temps, etc. Bah, la ceinture bleue, ouais.

Tommy : Ça n’a pas été dit comme ça.
Vitamine : C’était un peu plus rude.
Tommy : C’était un jeudi soir. On n’était que tous les deux, avec toi et Romu. On avait demandé un petit passage blanc pour voir ce qu’il fallait qu’on bosse. On s’est pris un coup de pression pendant 15 minutes à base de : « Vous ne l’aurez pas. Abandonnez tout. » (rires)

Ah ouais ? Je ne me rappelle pas de ça.

Tommy : Tout ça pour, au final, nous dire à la fin de l’année : « Ça fait deux mois que vous l’avez. »

J’avais oublié cet épisode. (rires)

Vitamine : Rien n’a été oublié.

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Peut-être, peut-être. Mais c’est bien de mettre des coups de pression de temps en temps aussi. Tout ça pour dire qu’au départ, la ceinture noire, ça a été assez vite un objectif dans vos têtes d’ados.

Tommy : Oui, mais pas sérieusement.
Vitamine : C’était à moitié une blague. On se disait : sur un malentendu, on peut l’avoir.
Tommy : Pour le commun des mortels, on va dire, la ceinture noire, c’est un peu le Graal des arts martiaux. Les ceintures noires : waouh ! Après, on se rend compte que c’est que le début, finalement.

Exactement, oui.

Vitamine : On a un petit peu désacralisé le truc.
Tommy : Au tout début, en commençant, on se dit : la ceinture noire, imagine !
Vitamine : C’était vraiment le niveau ultime. Et puis, petit à petit, ça a commencé à devenir plus sérieux, et même plus un ultimatum qu’autre chose, parce qu’on se disait : bon, c’est vraiment… En gros, on est pile dans les temps, et c’est maintenant ou jamais qu’on peut l’avoir.

Après, juste pour les gens qui vont lire cet entretien, et aussi pour remettre les choses en perspective… Effectivement, vous avez été amenés assez rapidement au passage de la ceinture noire. Mais parce que vous assistez à 3 voire 4 cours par semaine, que vous êtes présents en tant qu’assistants aux cours enfants et ados, que vous êtes présents aux stages de ligue, aux stages organisés par le Shoshin et à d’autres privés. Tout ça fait quand même un cumul d’heures de pratique par an non négligeable qui vous a permis de progresser très rapidement. Quelqu’un qui viendrait une seule fois par semaine au dojo ne pourrait pas obtenir une ceinture noire d’aikido en 3 ans. À moins d’être un prodige… Et au-delà du temps que vous avez passé sur les tatamis, vous avez su prendre en compte et intégrer nos remarques. Après, Ésaïe a un parcours différent. Tu pourrais nous en parler justement ? Parce que toi, tu as commencé très très jeune l’aikido. Tu as commencé à l’époque où on avait des cours baby aikido, vers 5-6 ans, je crois. Tu as un parcours qui est donc beaucoup plus long. Sans comparer, mais eux, ils arrivent, et en 3 ans ils ont une ceinture noire. Toi, tu vois ça comment ? Est-ce qu’à un moment donné, dans ta tête, il y a eu un switch en te disant : « Là, en fait, je suis près de la ceinture noire » ou pas ?

Ésaïe : Comme tu l’as dit, moi, j’ai commencé très jeune. Il me semble que j’avais 4 ans. Donc, pour passer les ceintures, c’était plus facile étant enfant. Mais plus j’ai grandi, plus il fallait que j’apprenne les techniques pour passer les ceintures. Et arrivé, je crois, à la vert-bleue… je ne sais plus quel âge j’avais, mais c’est là qu’on m’a dit que j’allais peut-être un jour passer la ceinture noire. Et que, du coup, il fallait que je commence à travailler sérieusement. Et c’est à ce moment-là, je pense, que j’ai vraiment commencé à apprendre les techniques. Mais c’est vrai qu’avant, je n’apprenais pas vraiment, parce que… je savais qu’à la fin de l’année, en général, on me donnait une ceinture. Comme à tous les enfants.

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Oui, c’est logique.

Ésaïe : Et donc, comme je n’avais pas vraiment travaillé pour cet objectif, j’ai dû rattraper beaucoup de retard. Mais du coup, je me retrouvais un peu dans la même situation que Tommy et Vitamine, à devoir apprendre et intégrer beaucoup de choses en peu de temps.

 Oui, surtout la nomenclature et la connaissance formelle des techniques.

Ésaïe : Oui, c’est vrai.
Vitamine : On ne te voyait pas comme ça. Nous, de notre point de vue… déjà, tu avais un hakama ! Je n’ai jamais compris pourquoi, d’ailleurs. (rires) Piston. Ouais, pistonné ! (rires)
Ésaïe : Parce que ça faisait longtemps que je suivais les cours.
Vitamine : Bah tiens, bah tiens. (rires) Nous, de toute façon, quand on était dans les ceintures plus basses, tu étais vraiment un grand pour nous, tu sais. Tu savais ce que tu faisais et tout. Après, on s’est rendu compte que pas du tout. (rires)
Ésaïe : Tout sur le bluff. Que du bluff, rien que du bluff ! (rires)
Vitamine : Est-ce qu’au bout d’un moment, tu nous as vus comme des partenaires potentiels pour la préparation du premier dan, ou pas ?
Ésaïe : Absolument pas ! Je ne me rappelle même pas de la première fois que je vous ai vus ! (rires)
Vitamine : T’es vraiment un #₡x@e !
Ésaïe : Bref, ça ne m’avait jamais traversé l’esprit avant que vous commenciez à travailler vraiment. Dans ma tête, j’allais me préparer avec Milio. Mais comme il est parti, et que vous avez progressé vite, c’est là que je me suis dit qu’on se présenterait peut-être ensemble.
Tommy : On sent que c’est un traumatisme, ce départ de Milio, t’en parles souvent.
Ésaïe : Non, mais c’est juste que je devais passer avec lui, c’est vrai. Il y avait Arthur aussi.

Oui, il y avait Milio et Arthur. Vous aviez à peu près le même âge et, techniquement, vous étiez à peu près au même point. C’est vrai que nous, en tant que profs, on s’était dit : dans 2-3 ans, ce groupe de trois pourrait se présenter à l’examen du shodan… Milio et Arthur ont arrêté. C’est dommage…

Vitamine : Dès que tu pratiques avec quelqu’un, il s’en va. (rires)
Ésaïe : Vous compris. (rires)

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Et du coup, Ésaïe, comment tu envisages la suite ? Parce que tu perds quand même, on peut le dire, deux très bons copains de jeu de tatami.

Ésaïe : Je les déteste. (rires)
Tommy : Oui.
Ésaïe : Votre départ, c’est une trahison. (rires) Pour le moment, avant de penser au deuxième dan, je pense que je vais déjà servir de uke pour les futurs premiers dan du Shoshin. Donc je pense que les profs vont me demander de participer à ces préparations. Et quand ce sera le moment de me préparer vraiment pour le deuxième dan… eh ben on verra comment et avec qui !

Bon allez, un mot de conclusion. On avait commencé, mais on est repartis sur autre chose.

Tommy : Je vais dire quelque chose qui, pour nous trois…
Ésaïe : Merci Hélène !
Tommy : Voilà ! Vitamine, tu me diras si t’es d’accord. Mais je pense que le Shoshin, c’est quand même quelque chose qui nous a vus grandir… Qui nous a permis de grandir. Parce qu’on est arrivés, on était encore des collégiens un peu cons. Puis là, on s’en va, on est des jeunes adultes…

… un peu cons. (rires)

Ésaïe : Un peu cons, mais pas pareils.
Tommy : Comme quoi le Shoshin Dojo, ça ne rend pas intelligent, apparemment.

Non, ça forme des aikidokas. C’est déjà pas mal.

Tommy : Non mais voilà, ça nous a fait grandir un petit peu.
Vitamine : Ouais, puis c’est un petit peu une deuxième famille, quoi. C’est la famille. En tout cas, on est d’accord. Ouais, c’est vraiment quelque chose qui nous a vus évoluer, fait évoluer. Que ce soit notre mentalité… Parce qu’au-delà des bêtises qu’on fait, on a quand même une perception de l’aikido, des arts martiaux, qui a vachement changé entre nos débuts et maintenant. Et ce qu’on prenait un petit peu pour une blague s’est réalisé.

Allez, le vrai mot de la fin, s’il vous plaît !

Vitamine : Merci Hélène !
Ésaïe : Merci Hélène !
Tommy : Vive madame Hélène Doué !

 

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