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L'aïkido pour tous

publié le 16 février 2018, par Élise, Marie et Alban

Le Shoshin Dojo a été sollicité cet automne par le CRESSDEV des Salins de Bregille de Besançon pour effectuer une initiation aïkido auprès d'un groupe d'enfants. Nous nous sommes rendus en octobre, à l'EEAP  des hauts de Bregille  (Établissement  pour Enfants et Adolescents Polyhandicapés), pour rencontrer l'équipe éducative, afin qu'elle nous présente son projet et nous précise ses objectifs. Les enfants accueillis au centre sont des enfants polyhandicapés, (handicap moteur et/ou mental), parfois déficients visuels et présentant pour certains des traits autistiques. Cette initiation s'inscrit dans le cadre d'une découverte multi-sports : les enfants feront cette année du vélo, du ski, du patin à glace et donc… de l'aïkido !

aikido ronde pour le salut

Tous en rond pour le salut et se présenter au groupe

Un peu anxieux lors de cette première réunion, nous souhaitions définir les objectifs généraux et spécifiques de cette initiation. Que devions-nous "apprendre" aux enfants ? Quelles techniques ? Quels résultats attendus ? Nous avons convenu avec l'équipe d'une approche sensorielle, d'une (re)découverte du corps, d'une prise de conscience des mouvements, dans la limite des capacités de chacun. Deux rendez-vous furent fixés. Des séances d'une heure en janvier et en février. Ne pouvant pas bénéficier de notre dojo habituel, les séances se dérouleront au gymnase des Salins de Bregille.

Les enfants seront 6 au maximum, accompagnés de leurs éducateurs. Et nous, nous serions… 3 aïkidokas ! Alban, Marie et moi ! (Alban est un petit malin… Il a choisi de s'entourer de Marie qui est kinésithérapeute et de moi qui suis puéricultrice : deux professionnelles qui connaissent bien les enfants et le handicap…). Nous avons effectivement choisi d'animer à plusieurs ces séances, afin d'être au maximum disponibles pour les enfants dans un cadre sécurisant.

Il fallait ensuite préparer le contenu de la première séance… Dur dur…

Ne sachant pas à l'avance quels enfants seraient présents le jour de la séance, ni quels seraient leurs handicaps, nous avons opté pour un plan de séance débutant par un échauffement du haut du corps et se poursuivant par quelques jeux simples pour aborder ensuite quelques techniques de saisies. Un plan souple, variable car il faudra "le jour J" s'adapter, trouver des relances, réajuster, nous le savions.

aikido jeux au sol

Beaucoup de jeux au sol pour développer la motricité

Et donc le "jour J" arrive ! Et nous, nous arrivons bien en avance ! En avance pour trouver la salle, pour se préparer et pour accueillir les enfants ! La petite troupe est arrivée, dans un joyeux chahut, ravie de venir pratiquer "le tant attendu aïkido" ! Après de rapides présentations, un salut à la japonaise dans les règles de l'art, nous avons commencé la séance… qui a filé à folle allure ! Les enfants ont accroché avec les explications d'Alban, se sont émerveillés devant les chutes mais ont également bien pratiqué !

Effectivement, nous sommes agréablement surpris par leur attention tout au long du cours, et par leur capacité à reproduire les mouvements proposés. Initation aux chutes (kokyu nage), saisies des poignets (katate dori / ai hanmi katatedori / ushiro ryote dori), travail debout ou au sol. Tous ces exercices ont ravi nos nouveaux élèves ! Le salut final est malheureusement déjà là, les enfants semblent contents, leurs éducateurs aussi ! Rendez-vous dans 15 jours pour la deuxième séance !

Une deuxième séance qui se déroule sur le même modèle. Nous retrouvons avec plaisir deux enfants de la première fois accompagnés de trois "nouveaux". La séance passe très vite elle aussi. Nous sommes peut-être un peu plus à l'aise ; nous avons pris nos marques ? Au terme de ces deux séances d'initiation, l'équipe éducative nous fait part de son enthousiasme et nous propose de reconduire ces séances l'année prochaine ! Avec plaisir !

aïkido pour tous jeux au sol

Il a fallu accompagner les enfants dans les différents exercices proposés.

Le mot d'Élise

Au cours de ces séances d'initiation, j'ai pu mettre en parallèle mes connaissances professionnelles concernant l'enfant polyhandicapé, l'enfant autiste, avec ma vision de l'aïkido et je vous en propose ici une petite synthèse.

Les enfants rencontrés présentaient quasiment tous un handicap moteur. Celui-ci peut se définir comme une difficulté à se mouvoir, associée ou non à une faiblesse musculaire et/ou à une raideur. Sur les tatamis, les déplacements étaient parfois hésitants, brusques ; souvent le tonus musculaire s'évaporait en même temps que l'attention des enfants. Une grande partie des exercices s'est déroulée au sol, ce qui a permis aux enfants d'évoluer plus facilement, le déplacement à quatre pattes ou en rampant étant pour la plupart acquis. Au handicap moteur, s'ajoute parfois un handicap sensoriel (atteinte de l'acuité visuelle, malvoyance… ). Sur les tatamis, nous avons alors expliqué à ces enfants les techniques en leur faisant ressentir les mouvements. Je suis surprise de voir de quelle façon ils sont capables de percevoir les choses et de reproduire de façon adaptée les mouvements.

Le handicap mental, quant à lui, pourrait de définir par une approche sociale ou intellectuelle. Sur les tatamis, c'est peut-être celui que j'ai le moins remarqué. Certes, la compréhension des consignes était parfois fragile, il fallait alors utiliser un vocabulaire simple, basique. De plus, se placer dans le champ visuel de l'enfant, utiliser le "je", rester authentique, parler au présent, adopter un ton de voix calme et posé, sont des notions de communication bien utiles avec les enfants handicapés, même sur les tatamis !

Ces deux séances d'initiation n'avaient pas pour but d'apprendre telle ou telle technique aux enfants. D'ailleurs, avec le recul, je serais bien incapable de dire ce qu'ils ont retenu de ces deux après-midi. Sans prétention, je pense toutefois que nous leur avons apporté un instant de bien-être, un instant pour eux, une attention, et peut importe ce qu'ils en retiendront. Chacun en garde ce qu'il veut, ce qu'il peut : une image, un sourire, un souvenir… L'aïkido, tout comme les soins infirmiers, c'est aussi prendre le temps, prendre soin, accompagner, développer l'autonomie et l'estime de soi. Accorder du temps, se rapprocher de l'enfant, de son histoire et partager un instant de plaisir. Je retiendrai la joie, la gaieté, les sourires, l'envie de faire et de montrer des enfants présents.

Lors de la première séance, ce qui m'a d'abord interpellée, c'est de considérer le tatami comme véritable lieu de vie des enfants. En effet, plus question ici d'hôpital, de cadre "rassurant", de protocole, plus de "relation soignant/soigné". C'est nous, qui nous rendions chez eux, dans leur centre ; nous étions en quelque sorte "les invités" et nous devions alors nous adapter. Et sur le tatami, nous devenions à notre tour débutants ! Ce qui illustre bien qu'en dehors de notre dojo, en dehors de notre quotidien, ou de notre institution, nous sommes vite déconcertés et fragiles…

En soins infirmiers, un concept relativement récent fait désormais référence dans le milieu médical : "la bienveillance" . La bienveillance se définit comme une démarche globale dans la prise en charge du patient, de l'usager et de l'accueil de l'entourage visant à promouvoir le respect des droits et libertés du patient, de l'usager, son écoute et ses besoins, tout en prévenant la maltraitance. Cette bienveillance devrait à mon sens, se retrouver également dans les sports proposés aux enfants en leur transmettant des valeurs comme le partage, le respect, la politesse, la modestie… Mais l'aïkido n'est-il pas par essence bienveillant ?

aïkido dégagement saisie main

Des exercices pour capter l'attention des enfants et travailler sur la sensation et le toucher.

Le mot de Marie

Ces deux séances d'initiation à l'aïkido ont été riches en découvertes. Je connaissais un peu les enfants qui sont venus car j'avais été remplaçante à l'EEAP pendant deux semaines en septembre et encore une semaine en janvier.

J'ai été agréablement surprise par l'attention qu'ils ont manifesté aux explications d'Alban et par leur capacité de reproduction des gestes démontrés. En effet, durant les séances de kinésithérapie, ces mêmes enfants étaient parfois nettement moins attentifs et créatifs. En séance, nous essayons « d'accrocher » l'attention des enfants avec des grelots, jeux sonores, comptines ou encore des ballons et autres jouets permettant d'apporter un aspect ludique à la rééducation.

Durant les séances d'aïkido, il n'y avait pas de sons particuliers, pas de couleurs particulières non plus et aucun objet pouvant attirer l'attention. Cependant, la tenue et les mouvements démontrés suffisaient à captiver les jeunes.

Certains enfants ont également du mal à se laisser prendre par la main or le contact, qui fait partie intégrante de notre art martial, n'a pas été refusé ni source de malaise. Peut-être sentaient-ils que l'intention derrière ce contact était bonne voire rassurante ?

Pour finir, le principal enjeu de ces séances était de faire profiter les enfants de l'IME d'une initiation à un art martial, leur permettant ainsi d'avoir un moment de loisir, de découverte, de partage et de communication avec l'extérieur. Ce dernier aspect me semble important à aborder car communiquer avec ces jeunes peut se révéler compliqué pour quelqu'un qui ne connaît pas le langage adapté (langue des signes adaptée) ou encore la manière d'aborder ces jeunes.

Au final, nous avons fait un pas vers eux avec nos connaissances propres et notre posture d'aïkidokas et cela a suffit à ce qu'ils fassent un voire deux pas vers nous. Un lien s'est créé entre ces jeunes et nous et nous avons passé un excellent moment de partage, de rire, d'applaudissements d'exclamations…

On dit souvent : « un art martial, un art de vivre » et je trouve que cette expression prend ici tout son sens. Ces enfants ont vécu l'aïkido et, par là même, nous ont fait vivre une expérience touchante et riche.

aïkido pour tous ikkyo

Pas de problème pour réaliser ikkyo !

Le mot d'Alban

Je ferai court. L'essentiel a déjà été dit. Mais je voulais vous faire part de mon sentiment sur cette expérience.

J'ai toujours été plus ou moins en contact avec le handicap. Que ce soit dans mon parcours professionnel ou dans ma vie personnelle. Quand j'ai commencé l'aïkido, je me suis assez vite dit que ce serait sans doute une discipline très intéressante pour les personnes handicapés. Sans aller plus loin dans ma réflexion, j'ai gardé cette idée dans un coin de ma tête. Lorsque le CRESSDEV m'a contacté, j'avoue que j'ai un peu appréhendé. Mais je me suis dit que c'était aussi l'occasion de confronter mon idée au réel. Effectivement, comme le suggère Élise, je suis peut-être un malin… J'aurais plutôt dit que je sais utiliser les compétences que j'ai sous la main : Élise travaille en chirurgie pédiatrique à l'hôpital de Besançon et elle a été enseignante de judo-jujitsu ; Marie est kiné aux Salins de Bregille et elle  est titulaire du Brevet Fédéral d'aïkido. J'aurais été stupide de ne pas les embarquer avec moi !

Toujours est-il qu'au final les séances se sont très bien déroulées. Ne sachant pas trop quels enfants nous allions avoir, j'avais décidé de ne pas avoir d'attentes particulières  et de me laisser porter par le groupe. Finalement, je pense que c'était la posture correcte à adopter. Et de l'aveu des éducateurs de l'IME, ces séances d'aïkido ont mieux fonctionné que ce qu'ils avaient imaginé. Si nos disponibilités nous le permettent, nous devrions réitérer l'expérience.

Pour conclure, je tiens à remercier Élise et Marie. Sans elles, je ne me serais pas embarqué dans cette aventure. Merci à l'équipe de l'EEAP qui nous a fait confiance ; merci aux enfants qui nous ont accueilli et grâce à qui nous avons un peu grandi.

déco

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